Pixel, parle-moi - Triple Town

Bonjour bonjour !

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Je vous parle aujourd'hui d'un petit jeu qui me tient depuis quelque temps, et qui va ouvrir cette nouvelle rubrique Pixel, parle-moi : Triple Town.

Triple Town est un jeu édité par Spry Fox, défini sur leur site comme un "puzzle game". En français, je parlerai plus volontiers de jeu de réflexion ou éventuellement de match 3. C'est également un anglicisme, mais je trouve cela plus parlant pour cerner ce jeu en particulier. Cette définition reste néanmoins incomplète à mon sens, mais j'y reviendrai un peu plus loin dans cet article.

Ce jeu est disponible via leur site sur PC, Mac, Kindle Fire, Android et IOS. Je l'ai pour ma part obtenu via Steam pour 9,99 euros. Voilà pour la présentation, rentrons maintenant dans les détails !

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I - Comment ai-je connu le jeu ?

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Bien que Triple Town fasse partie d'un genre de jeu que j'apprécie, je ne l'aurai probablement jamais découvert sans une vidéo du youtubeur Sizefac. Il s'agit d'une personne dont je trouve le travail très intéressant, et auquel je consacrerai sans doute un prochain article de ce blog. En voyant cette nouvelle vidéo sur son compte Youtube, ma curiosité a été piquée au vif et je l'ai donc lancée sans vraiment savoir à quoi m'attendre.

J'ai d'abord été fort surprise, car Sizefac n'est pas entré directement dans le vif du sujet et a privilégié une approche certes moins frontale, mais extrêmement efficace pour servir son propos : au lieu de parler de Triple Town, il ouvre la discussion sur les échecs. Oui oui, le jeu vieux de plusieurs centaines d'années qui se pratique encore partout dans le monde et qui continue d'inspirer d'autres jeux, notamment vidéoludiques. C'est d'ailleurs là que se trouve le lien avec le véritable sujet de la vidéo comme de cet article. En effet, des échecs Sizefac passe au cas des jeux au tour par tour, qui comme il l'explique sont bel et bien hérités de notre bon vieux jeu de plateau avec roi, reine, tours et tout le toutim. Vous vous demandiez peut-être où les développeurs de jeux actuels trouvent leurs idées ? Cherchez du côté des jeux de plateaux, notamment les plus célèbres, vous allez très certainement y touver quelques réponses. Pour être honnête, je n'avais moi-même pas vu ce lien, ni ne l'avait particulièrement cherché, avant le visionnage de cette vidéo. C'est bien là l'intérêt et l'originalité de Sizefac, qui ne se contente pas de simplement présenter le jeu qu'il aborde dans chacune de ses vidéos, mais mène en parallèle un véritable travail de fond qui mérite d'être davantage reconnu à mon sens. Les personnes capables de rendre un sujet passionant tout en nous livrant autant d'informations aussi différentes sont rares, et ce n'est rien de le dire.

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Pour revenir à la vidéo sur Triple Town, après être passé des échecs aux jeux au tour par tour, nous arrivons aux RTS (Real Time Strategy). Pour comprendre la transition entre tout cela, je vous invite à aller consulter la vidéo originale dont je parle depuis le début en suivant le lien que j'ai donné plus haut. Pour faire simple, certains développeurs ont eu l'idée de supprimer le tour par tour pour forcer les joueurs à agir tous en même temps. L'idée a permis de supprimer ou au moins d'atténuer l'aspect quelque peu répétitif que pouvaient avoir certains types de jeux, ce qui les a par la même occasion davantage éloignés des traditionnels échecs. En retour, ils ont gagné la réputation d'être peu accessibles, car il faut s'entraîner longuement pour maîtriser une bonne partie des RTS qui ont fait la grandeur de ce genre. Cet aspect du gameplay en a entraîné un autre, celui d'être chronophage. En effet, l'entraînement même vidéoludique prend du temps, et les bons joueurs ne comptent plus leur nombre de parties du ou des jeux dans lesquels ils excellent. Je ne trouve d'ailleurs pas que ce soit un défaut, puisqu'en supprimant la répétitivité du tour par tour les jeux ont su se rendre d'autant plus addictifs. Ainsi, même l'entraînement ne semble pas être particulièrement punitif ou rébarbatif, tant parce qu'il permet de s'améliorer que parce qu'il sait être intéressant en lui-même.

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Quel est le lien avec Triple Town, qui se présente davantage comme un jeu de réflexion que de stratégie ? Justement, le point commun principal reste la stratégie. J'y ai également retrouvé l'aspect addictif, qui n'est certes pas exclusif aux RTS, ainsi que l'entraînement permettant de s'améliorer sans être pénible. On peut d'ailleurs considérer soit qu'il n'y a pas d'entraînement dans ce jeu, soit qu'il n'y a que cela. En quelque sorte on vous plonge dans le jeu directement, tout en ayant la possibilité de s'améliorer à chaque partie. Ceux qui y ont joué comprendront cette phrase peu explicite, les autres devront essayer pour se faire leur propre idée. Et oui, je pousse à l'achat. En l'occurrence je n'en ai même pas honte.
Je reviendrai au sujet de la stratégie un peu plus tard, mais d'abord je dois vous parler d'un second style de jeu : ceux de réflexion, plus exactement ceux que j'ai appelé match 3.

Le principe est celui de Tetris ou de la série Jewel Quest pour ne citer que ceux-là. En assemblant des éléments similaires sur le plateau ou la carte du jeu, on peut les éliminer ou en collecter les bénéfices. Le but du jeu est alors le plus souvent de nettoyer l'ensemble du plateau, tout en engrengeant un maximum de points ou de ressources. Vous commencez peut-être à voir le lien avec les précédents jeux : chaque partie, qui se termine rapidement, permet de s'entraîner pour la prochaine, mais elle est tout de même comptabilisée dans votre score de jeu. On vous permet de vous entraîner, tout en vous jetant dans le grand bain.
Si Sizefac a pris la peine d'évoquer ces deux genres vidéoludiques, et que je viens moi-même de faire le lien entre les deux longuement avant d'entrer dans le sujet de l'article, c'est bel et bien parce que stratégie et réflexion sont réunies dans Triple Town.

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II - Le concept du jeu

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Je vais donc pouvoir vous parler du jeu lui-même, maintenant que les bases sont posées !
Triple Town est donc un jeu de construction avant tout, où votre objectif est de bâtir une ville aussi grande et bien remplie que possible. Il existe plusieurs cartes de tailles et de formes différentes, avec des obstacles naturels qui entraveront plus ou moins votre partie. Le principe se base sur la gestion de différentes ressources, qui vous sont données aléatoirement par le jeu. A chaque "coup", donc après que vous ayez posé sur le plateau une ressource, une autre apparaît et vous devez de nouveau la poser à l'endroit qui vous semble le plus adapté. Il est impossible de reprendre une ressource une fois qu'elle est posée, ce qui vous oblige à vous creuser un peu la tête pour ne pas vous retrouver bloqué après seulement quelques coups. Chaque ressource peut en donner une nouvelle plus intéressante, pour peu que vous la combiniez avec deux autres ressources semblables. Eh oui, comme dans un jeu de match 3 ! Résumons-nous :

3 touffes d'herbe -> buisson  3 buissons -> arbre  3 arbres -> maisonnette  3 maisonnettes -> maison  etc

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Attention, les subtilités arrivent maintenant. Lorsque vous combinez trois de ces ressources, l'objet créé prend la place du dernier objet précédemment posé. Autant vous dire que vous avez intérêt à anticiper vos coups pour placer correctement vos ressources, et créer les bâtiments les plus avancés. Vous sentez venir la stratégie, dans ce jeu de réflexion qui semblait mignon jusque-là ?
... Comment ça, c'est pas clair ? Bon, essayons avec une image.

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Triple town 3

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Nous voilà donc sur la carte classique du jeu, composée de 6x6 cases. Vous pouvez y voir des touffes d'herbes, l'élément de base du jeu, des buissons, un arbre et quelques bâtiments que j'ai réussi à créer. D'ailleurs puisqu'on parlait de stratégie, vous pouvez penser que je m'en sors bien mais en fait je suis plutôt mal partie pour cette fois. Comme je le disais, votre but est de créer le plus de bâtiments élaborés possible, et surtout de faire toujours des bâtiments d'un stade supérieur au précédent. En haut au centre, vous voyez un indicateur de score qui indique le nombre de points donnés par les combinaisons de ressources que j'ai réussi à effectuer. Tout en haut à droite, vous constatez que ce score détermine quel genre de ville j'ai réussi à fonder. Ici j'ai donc accompli 30% de ce qui est nécessaire à la création d'une "Bourgade", il me manque encore 20 720 points avant d'y parvenir. Votre objectif peut donc être, plus que de faire de grands bâtiments, d'atteindre un certain score et donc de parvenir à un certain type de ville. Notez que ces deux buts se complètent, les combinaisons de ressources avancées permettant d'engranger plus de points. Lorsque je n'aurai plus de cases libres, la partie sera finie et je ne pourrai plus faire évoluer cette ville. Il me faudra alors revenir à ce qui tient lieu de menu, la "Capitale", pour recommencer une ville soit sur la même carte de nouveau vierge, soit sur une autre carte avec des caractéristiques différentes.

.Triple town capital city...

Parlons maintenant de cette Capitale. Si je dis qu'elle tient lieu de menu, c'est qu'elle permet de sélectionner la carte que l'on veut choisir pour notre prochaine partie. Cependant, il s'agit également d'une ville, où l'on combine aussi des ressources qui ne sont pas les mêmes que celles des cartes des parties proprement dites. Sur l'illustration, vous pouvez voir à droite mon inventaire. Certains objets sont grisés, car impossibles à utiliser sur une carte comme celle-çi. Le champ de blé ou la barrière par exemple, ne servent que dans la Capitale. A l'inverse, le buisson ou la touffe d'herbe sont réservés aux cartes des parties. L'autre différence est que la Capitale ne disparaît pas, contrairement aux villes des cartes classiques qui elles sont éphémères. Lorsque j'aurai terminé cette partie en remplissant la dernière case vide, la ville disparaîtra définitivement et je ne pourrai plus la retrouver, même en sélectionnant la même carte pour la partie suivante. En tant que menu, la Capitale reste la même entre chaque partie. Il n'y a d'ailleurs pas de challenge dans cette ville, et le jeu ne fournit pas de nouvelles ressources pour la Capitale dès qu'on en a posé une. On ne récupère de ressources pour la Capitale qu'en réussissant des combinaisons de bâtiments avancés, à la fin des parties en fonction du score atteint ou en passant par le Bazar, dont vous voyez le bouton au-dessus de l'inventaire. Accessible en partie classique ou via la Capitale, le Bazar ne donne pas les mêmes objets aux deux endroits mais peut sauver la mise dans les deux cas. On y dépense les pièces d'or dont vous pouvez voir le compte au-dessus du bouton Bazar, qu'on récupère également à la fin des parties. Bien entendu, plus le score atteint est grand plus on récupère d'objets et de pièces.

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Vous vous demandez sans doute ce que sont les ours sur l'image. Il s'agit des ennemis du jeu, les seuls que vous pourrez croiser. Présentés comme des "ours géants", ils sont en effet plus grands que la maison visible près de celui de mon illustration et à peu près de la taille des églises. Ces ours prennent une case du plateau, se déplaçant aléatoirement à chaque coup que vous jouez sur une case touchant celle qu'ils occupaient précédemment. Ce principe est d'ailleurs similaire à celui des pièces d'échecs, à ceci près que vous ne les contrôlez pas. Ce simple fait va ajouter encore un peu de stratégie à tout ce mic-mac, puisque vous devez non seulement anticiper vos coups pour être efficace mais en plus prendre en compte les déplacements incontrôlables des ours qui ont d'ailleurs la manie de se placer toujours là où il ne fallait pas. Vous devez donc toujours avoir un coup de secours à jouer, afin de ne pas vous retrouver bloqué par ces peluches démoniaques. Si j'emploie le terme de peluches, c'est bien parce que tout ennemi qu'il soit, cet ours n'a pas grand-chose d'effrayant :

Tt bear

Féroce.
Je le répète, ce qui semble être un adversaire de pacotille, certains allant même jusqu'à le trouver mignon, sera votre seul ennemi dans le jeu avec sa version encore plus énervée : l'ours ninja. Je sais, cela sonne comme une blague, mais les ours ninjas vont pourtant être particulièrement retors puisque contrairement à leurs congénères limités aux cases près d'eux, ces derniers peuvent se téléporter sur n'importe quelle case vide du plateau. Autant vous dire qu'ils vont vous donner du fil à retordre, surtout lorsque vous en avez plusieurs à gérer en même temps. Dans ces conditions, la stratégie mise au point doit être en béton pour espérer conserver un peu de liberté d'action. Je ne vous cache pas qu'un peu de chances sera aussi appréciée pour que la partie puisse durer toujours un peu plus longtemps, dans la grande tradition des jeux de réflexion. Vous souvenez-vous de cette frustration qui vous envahissait lorsque, jouant à Tetris, vous attendiez la pièce précise qui allait vous sauver mais qui ne venait jamais ? Le sentiment se retrouve lors d'une partie de Triple Town, lorsque la bonne ressource tarde trop à être proposée par le jeu.

Pour en revenir aux ennemis ours géants, ils illustrent un autre aspect du jeu : son accessibilité. En effet, les ennemis pas effrayants pour un sou, l'atmosphère très colorée, presque joyeuse de chaque partie, permet à n'importe quelle personne en âge de jouer à un jeu vidéo de s'adonner à de longues heures de Triple Town. Pour les adultes, c'est une pause amusante dans des tâches parfois stressantes et/ou une furie du meilleur score dans un univers relaxant qui vous tiendra devant votre écran. Pour les enfants (je le répète, ceux en âge de jouer, ce point étant à déterminer par les parents), Triple Town peut stimuler leur réflexion et leur esprit tout en les divertissant, à la manière des jeux éducatifs tels Adibou. Le design du jeu s'y prête, rien ne risque d'effrayer qui que ce soit ni d'énerver même le joueur le plus remonté. L'accessibilité du jeu est pour moi un gros point fort, car non seulement il se prête à tous les publics mais en plus les développeurs ont fait l'effort d'accompagner le joueur à chaque étape afin que son expérience ne soit jamais frustrante ou simplement stressante. Au début du jeu, des tutoriels précis et simples permettent de se familiariser en quelques minutes avec toutes les ficelles du gameplay, et ces mêmes tutoriels sont rejouables à tout moment par le joueur qui aurait perdu la main. Vous pouvez également voir, en bas de mon illustration, une aide rappelant les combinaisons réalisables tout au long de la partie. Le joueur n'est ainsi jamais largué dans le jeu sans savoir quoi faire, et si une partie s'est mal passée de son point de vue il lui suffit d'en commencer une autre.

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Ce jeu est même tellement accessible que le game over n'y a pas sa place, on ne peut qu'améliorer son score d'une partie à l'autre, mais jamais perdre. D'ailleurs les minuscules personnages "peuplant" chaque ville seront très heureux quelque soit votre score lorsque la dernière case sera remplie, et chaque fin de partie sera célébrée comme une victoire.

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Triple town 4

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Après avoir fini cette partie, j'ai atteint un score loin d'être honorable au vu des nombreuses heures de jeu que j'avais déjà à mon actif. Je me suis loupé sur cette partie, ça arrive. Pourtant, j'ai droit à un feu d'artifice, des explosions de joie et des points d'exclamations partout. Ce jeu n'est pas là pour vous punir, mais pour vous faire passer un bon moment, que vous soyez un excellent joueur ou un exécrable. Tout ce qui fait un jeu en fait : vouloir divertir, simplement, sans se prendre la tête.

Chacune des parties, qui correspondent à la construction d'une nouvelle ville, dure environ quinze minutes. Ce temps peut être plus long pour un joueur confirmé faisant un gros score, plus court pour un joueur inexpérimenté vite bloqué ou simplement lorsque la chance fait défaut, mais c'est une bonne moyenne. Ce style de jeu aux parties assez courtes, addictives, sur la même base mais toujours différentes est donc idéal pour une adaptation mobile, bien que je n'ai abordé que la version PC pour le moment. Les images en sont d'ailleurs tirées. Je reviendrai plus tard sur la version portable, mais je trouve que comme celle PC elle tient toutes ses promesses. Triple Town n'a pas la prétention d'être autre chose qu'un jeu divertissant, et ne prétend pas vous entraîner vers un but ultime comme dans Pokémon ou dans une fresque épique à la Final Fantasy. Il n'a d'ailleurs pas de scénario, mais son format de parties toujours rejouables offre une durée de vie illimitée. En clair, c'est un jeu rafraîchissant qui vous détendra tout en sachant être addictif par ce goût pour le meilleur score qui se fera sentir avant que vous en ayez vraiment pris conscience.

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III - Quel a été mon avis ?

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Bien que je semble assez dithyrambique depuis le début de cet article sur Triple Town, il se trouve que les qualités que je viens d'énumérer relèvent finalement de l'objectivité. Je peux comprendre que l'on n'apprécie pas ce jeu, qu'on ne parvienne pas à entrer dans son univers, mais il est difficile même dans ce cas de lui ôter ses qualités. Je vous présente maintenant mon avis plus précis sur certains points, qui méritent d'être encore un peu développés.
En ce qui concerne l'aspect graphique, visuel du jeu, le tout est vraiment soigné et participe pour beaucoup à l'ambiance si particulière de Triple Town. J'ai pour ma part bien accroché à ce côté presque enfantin, qui me donne la pêche lorsque je joue et fait tout de suite comprendre que le jeu ne proposera pas un challenge corsé, mais aidera plutôt le joueur à se détendre. J'envisage néanmoins que certains trouvent ce style trop enfantin. Néanmoins, j'estime que cet aspect général si peu effrayant participe également à l'accessibilité de Triple Town. Il est en effet beaucoup plus difficile de faire sorte qu'un style adulte puisse être mis entre les mains d'enfants, que de parvenir à intéresser des adultes à des jeux dont l'aspect conviendrait à des enfants. Avec ce choix de sobriété qui reste pourtant charmant et surtout coloré, Triple Town a trouvé à mon sens un bon compromis entre les joueurs âgés qui se consacreront davantage à la stratégie/réflexion tout en appréciant les graphismes, et les enfants qui ne manqueront pas d'être intéressés par cet univers chatoyant.

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Triple town artwork 11

Le fait qu'il n'y ait pas vraiment de scénario ne m'a pas dérangé, malgré le fait que j'apprécie la présence d'un semblant de narration dans les jeux similaires. J'ai auparavant cité la série Jewel Quest qui tentait de nous immerger dans une histoire, qui à vrai dire était finalement assez dispensable. C'est également le cas de la série très connue Candy Crush, où chaque groupe de niveaux correspond à un chapitre de l'histoire. Vous avouerez néanmoins que ce scénario demeure anecdotique pour les joueurs, qui s'attachent plutôt à passer certains niveaux difficiles qu'à découvrir la suite de l'histoire. Sans compter que pour le coup, c'est moins enfantin que niais. Triple Town n'est pas parti dans cette direction, ce qui n'ôte absolument rien à son intérêt. En effet, si on ne peut pas parler de narration le fait que la Capitale soit toujours à agrandir tient lieu de fil conducteur entre chaque partie. De plus, j'ai apprécié les quelques éléments scénaristiques insérés dans le jeu, comme le fait que la ville principale qui ne disparaît pas soit la "capitale" lorsque les villes éphémères sont nommées des "colonies". En réalité, le joueur serait plutôt un conquérant bâtisseur qui irait construire des villes sur des territoires toujours nouveaux, ce qui donne un oeil sympathique sur son aventure.
Comme je l'ai dit, l'absence de scénario n'ôte rien à l'intérêt de Triple Town, qui est à mon sens bien plus addictif que la plupart des jeux du même genre. Ici le joueur a toujours envie de faire plus, d'atteindre un score plus élevé à chaque partie, contrairement à un Candy Crush pour filer la comparaison où on arrête de s'acharner sur un niveau lorsque les trois étoiles sont atteintes. A mon sens Triple Town pousse au meilleur en n'ayant pas instauré de palier, tels des étoiles ou des niveaux d'excellence à chaque partie. En n'anticipant pas les succès éventuels du joueur, les développeurs les poussent à toujours se dépasser, ce qui me semble à la fois plus subtil et plus efficace. Comme je l'ai dit, si la ville "grossit" en fonction du score vous serez acclamé comme un héros quelle que soit la ville construite à la fin de la partie. Dans ces conditions, la seule limite sera la vôtre, autant vous dire que vous n'en aurez pas longtemps en terme de score à atteindre. Vous pourrez même consulter vos meilleurs scores dans les options, ce qui déclenche la "frénésie de l'arcade" ainsi que l'addiction. Enfin, l'envie de toujours agrandir la Capitale peut également vous scotcher à votre fauteuil.

J'ai déjà indiqué que j'aime l'accessibilité de ce jeu, j'apprécie aussi que le concept de Triple Town ne s'oublie pas. C'est un peu le même phénomène que pour le vélo, vous pouvez laisser de côté le jeu plusieurs semaines sans pour autant souffrir du manque d'entraînement en y revenant. En cas de perte d'intérêt pour Triple Town, il n'y a donc pas de problème à ne plus y jouer le temps que la passion revienne, ce qui d'ailleurs participe à sa durée de vie illimitée. En effet, il est plus difficile de revenir à un jeu au gameplay punitif, demandant un entraînement régulier et dont on a déjà pu achever le scénario, qu'à un jeu semblable à Triple Town. C'est d'ailleurs pour la même raison que nombre de joueurs sont revenus des nuits entières sur Space Invaders, bien après leur première partie, car il est impossible de le finir mais simplement d'augmenter son score.

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Vous pensez sans doute que je considère alors Triple Town parfait dans son genre ? Eh bien... pas tout à fait. Bien sûr rien n'est parfait, et en l'occurrence ce jeu souffre de quelques problèmes ou imprécisions qui sont d'autant plus dommage que sans cela, le jeu est extrêmement soigné.
D'abord, et comme Sizefac l'a précisé dans sa vidéo à laquelle je reviens de nouveau, Triple Town ne comporte pas de musique. Ce fait est d'autant plus étonnant que sa bande-annonce en propose une, également très sympa et entraînante. Je ne considère pourtant pas cela comme un véritable défaut, puisque ce genre de jeu est souvent accompagné de la musique que choisit le joueur, notamment pour la version portable. Il faut bien avouer qu'on lance plus volontiers sa propre playlist qu'on se conforme à la bande-son des petits jeux auxquels on se consacre pour se détendre. De plus, les bruitages sont extrêmement soignés, au point qu'ils se suffisent à eux-mêmes. Les minuscules personnages ont même des voix, et vont pousser des cris d'effrois lorsqu'ils seront proches d'ours, des cris de joie lorsque ces mêmes ours seront "vaincus" ou que vous construirez un bâtiment élaboré. Autant de soin dans les moindres détails force mon admiration.

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Malheureusement, d'autres détails ont été en quelque sorte négligés. Plus que la musique, ce sont surtout les élements que je vais énumérer maintenant que je trouve vraiment dommage, car sans cela il n'y aurait pas eu une ombre au tableau.
D'abord, la manière d'accéder aux cartes des parties classiques. Comme je l'ai dit, la Capitale fait office de menu pour sélectionner les cartes, auxquelles on accède par ces petits bateaux :

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Capture ecran triple town

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Le bateau le plus à droite, avec la seule voile triangulaire, permet de rejouer les tutoriels autant de fois qu'on le veut. Les autres sont des accès à quatre cartes différentes. Si l'ancrage dans la "narration" est intéressant, puisqu'on nous dit explicitement que nous partons bâtir une nouvelle ville sur un nouveau territoire à chaque partie, il y a une légère incohérence avec ce choix. En effet, puisqu'il y a quatre bateaux, il y a bien... cinq types de cartes différents. Eh oui, lorsque vous lancez le jeu, il vous manquera à chaque fois un type de carte auquel vous ne pourrez accéder qu'en quittant puis revenant au jeu, au prix du sacrifice d'un autre type de carte pour cette fois. Sur cette illustration, on voit en haut une voile verte avec trois maisons qui conduit à la vallée classique, d'où sont issues les autres images de cette article. En dessous, la voile noire avec une tête d'ours mène à une carte où les ours classiques comme ninjas abondent et vous donneront un sacré fil à retordre. La voile bleue conduit à une carte dont le centre est envahi par un lac, et enfin la voile vert clair vous emménera sur une carte beaucoup plus petite où vous ne croiserez aucun ours ninja. Il manque donc une cinquième carte, plus petite que celle des parties classiques mais qui ne comportera aucun ours d'aucune sorte. Mettons que je veuille jouer à cette cinquième option, il me faut donc éteindre le jeu pour le relancer. Ce n'est pas un défaut majeur en soi, mais l'ajout d'un autre embarcadère aurait eu un aspect très pratique. Après, certaines personne peuvent trouver intéressant le côté aléatoire des bateaux, à ne pas savoir au lancement du jeu quelle carte sera disponible. Soit.

Autre oubli plus gênant, le jeu n'est pas entièrement traduit. C'est particulièrement le cas dans le menu des options, où même la langue "Français" choisie toutes les icônes conservent un nom anglais. Cela donne un petit sentiment de ras-le-bol de la part des développeurs assez déconcertant, puisque je le répète tout le reste du jeu est extraordinairement soigné. Ceci peut en agacer plus d'un, mais l'un dans l'autre le fait de réussir sans problème à jouer à Triple Town bien qu'il ne soit que partiellement traduit souligne de nouveau son accessibilité.

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Dans l'ensemble, mon avis est donc majoritairement très positif sur Triple Town qui m'a totalement conquise. Si ce n'était les quelques oublis que j'ai mentionné, je l'aurais même trouvé parfait dans son genre. Vous pourrez néanmoins vous demander pourquoi il vous faudrait mettre la main au porte-monnaie pour acheter Triple Town, lorsqu'il existe des dizaines de jeux similaires et gratuits sur le Net si on cherche un peu.
C'est que ce jeu est bien plus soigné que certains "équivalents" gratuits. Ne serait-ce que le fait qu'il ose l'innovation en mêlant ainsi réflexion et stratégie vaut à mon avis l'effort de l'acquérir, sans compter sa réalisation quasi-parfaite. Il n'a pas la prétention d'un grand jeu ou d'un blockbuster, mais n'en a pas non plus le prix. De plus, si vraiment l'idée de dépenser un peu moins de dix euros vous répugne, Triple Town est proposé gratuitement pour portable en tant qu'application. Si mon article ne vous avait pas encore convaincu, cela peut être un moyen de découvrir le jeu avant de l'acheter sur ordinateur.

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IV - En quoi ce jeu est-il artistique ?

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Vous vous demandez sans doute, maintenant que je vous ai présenté le jeu et développé mon avis, ce que cet article fait sur ce blog. En effet, j'avais indiqué vouloir parler ici de choses m'ayant inspiré pour mes oeuvres ou de créations qui m'avaient marqué en bien ou en mal. Dans ces conditions, il peut paraître surprenant de consacrer un article à un jeu vidéo au milieu de textes littéraires ou d'oeuvres marquantes de la peinture, du cinéma, du théâtre...
A ceux qui se demandent même quelle place peut bien avoir la ruburique Pixel, parle-moi sur un site centré sur la création artistique, je répondrai que le jeu vidéo est un art au même titre que tous les autres. Si vous ne voyez pas en quoi cette discipline peut être considérée comme artistique, je tâcherai de vous éclairer dans l'article de présentation de cette rubrique qui sera édité très bientôt.

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Concernant Triple Town, je le considère donc une création artistique à part entière bien que ce jeu ne m'ait pas encore inspiré quelque production que ce soit. J'aurai néanmoins pu m'en servir pour construire le personnage du petit garçon dans Le Pouvoir des Mots, dont l'univers joyeux mais réfléchi pourrait bien être celui de Triple Town. Commençons par le plus évident, l'aspect visuel. C'est une chose qui saute aux yeux du joueur, ce jeu est graphiquement très beau et comme je l'ai dit, les développeurs n'ont rien laissé de cet aspect au hasard. Le rendu visuel n'évite pas simplement d'être effrayant, il est indéniablement enfantin.

Il ne l'est pas dans le mauvais sens du terme d'ailleurs, contrairement à Candy Crush par exemple que j'ai qualifié plus tôt de niais. Dans Triple Town, on parvient à plonger dans cet univers d'enfant sans le trouver ridicule, car le monde présenté est suffisamment développé et cohérent pour qu'on y croit. Lorsque les ennemis sont des ours géants à l'aspect de peluche avec comme seule caractéristique "dangereuse" des yeux rouges, mais que les minuscules personnages en ont bel et bien peur, lorsque la couleur la plus sombre est celle du toit des maisonnettes rouges, on sent bien qu'on peut se détendre et s'amuser sans complexe cinq minutes.

Tripletown01

Plus qu'une plongée dans un univers enfantin, Triple Town est à mon sens une vraie plongée dans l'enfance elle-même. Vous souvenez-vous de ce temps béni où votre adversaire le plus coriace était un doudou échappé de votre lit, où vous aviez pouvoir de bâtir puis de démolir une ville dès que le désir vous en prenait ? Triple Town vous propose de revivre cette expérience, chaque partie étant celle des jeux Lego ou Playmobil de votre jeunesse. Vous pouvez même voir les ressemblances surprenantes entre les maisons de Triple Town et celles de ces deux constructeurs de jouets. Vous n'êtes alors plus un conquérant à la manière d'un Christophe Colomb, mais l'enfant assis dans sa chambre au milieu de ses Legos. La construction qu'il élabore ne ressemble à rien ? Quelle importance, après tout. Dans un coin de la pièce, l'ours en peluche levé du mauvais pied s'apprête à bondir sur la ville, attention !

Définitivement, Triple Town peut avoir un véritable effet "madeleine de Proust" lorsque vous êtes particulièrement nostalgique ou heureux, et que vous savez quoi chercher lors de vos parties. Vous pouvez me dire ce que vous voulez, mais je trouve que peu d'oeuvres d'art parviennent aussi bien à rendre ce genre d'effet, à vous proposer une si fraîche plongée dans les aventures de votre enfance.

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V - La version mobile

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Je vais maintenant finir cet article, en vous parlant plus en détail de l'application Triple Town pour portable. Il en existe deux versions, l'une gratuite mais avec des coups limités, et la version complète que l'on peut acquérir pour un peu moins de 4 euros. Même complet, le jeu prévu dans une version plus légère reste bien moins cher que la version ordinateur, ce qui ne donne pas un prix excessif.

Le prix peut de nouveau vous rebuter, d'autant plus lorsqu'on voit l'impressionnante liste d'applications gratuites de cette catégorie. Je réponds de nouveau que la réalisation très soignée de ce jeu l'élève à mon sens au-dessus de la plupart de ses concurrents, et j'ajoute qu'acquérir la version complète qui est loin d'être excessive est un moyen de soutenir Spry Fox, un studio bien loin de la taille ou de l'influence d'un Nintendo, Sega... qui ose l'innovation. Un nouveau jeu de ce studio, Road Not Taken, a d'ailleurs attiré mon attention. Je pense me l'offrir sous peu. Après si vous avez déjà fait l'acquisition de la version PC, la version incomplète peut vous convenir. C'est d'ailleurs mon cas, si j'ai dépensé sans regret les 9,99 euros sur Steam nécessaires à l'achat, je ne me suis pas offert la version complète sur mon portable. Pour une raison extrêmement simple, la version aux coups limités me suffit amplement pour l'utilisation occassionnelle que j'en fait, c'est-à-dire dans les transports en commun lorsque je me rends à l'université ou que j'en reviens. Si vous comptez en avoir le même usage que moi, il n'est pas utile de dépenser un sou pour s'amuser pleinement avant ou après le travail.

Triple town logo

J'ai parlé d'une version plus légère, en effet sur portable même avec la version complète la Capitale ne sera pas accessible. Vous ne pourrez vous livrer qu'à des parties classiques sur des cartes vouées à se renouveler entre chaque partie. Le jeu est néanmoins tout aussi addictif, ce qui me conforte dans l'idée que le semblant de scénario ou la capitale-menu ne sont qu'anecdotiques dans l'expérience de jeu, bien que sympathiques sur ordinateur.

Pour finir avec cette histoire de prix, j'aimerais comparer Triple Town version mobile avec une autre saga très connue sur le même terrain : Candy Crush. Le youtubeur Sizefac a fait le même parallèle dans sa vidéo, ce que j'ai trouvé très pertinent. Vous pouvez trouver qu'environ quatre euros est excessif pour un jeu lorsqu'un autre qui semble similaire est vendu gratuit. Pourtant, lorsque vous ne parvenez pas à finir un niveau de Candy Crush, le jeu ne manquera pas de vous proposer des options payantes censées éviter le game over. Effectivement, une version complète et payante n'existe pas, ce qui ne veut pas dire que vous en aurez pour moins cher si vous désirez acheter ces petits plus "pas chers" à chaque fois que le jeu en donne la possibilité. Vous pouvez même vous retrouver avec une note beaucoup plus salée, une fois que l'addition de toutes les dépenses est faite. Lorsque Triple Town est acheté, c'est une bonne fois pour toutes, même sur mobile. De plus, je le répète, mais la version incomplète demeure bien suffisante pour se faire une idée précise du jeu qui s'offre à nous.

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Dans cette approche intéressante de l'offre proposée au joueur, je vois un avenir qui laisse espérer le mieux non seulement pour le jeu vidéo, mais aussi pour la littérature : une version gratuite de l'oeuvre, incomplète mais suffisante pour avoir une bonne idée de la création finie, puis une version payante complète.
C'est peut-être cela que m'a inspiré Triple Town, une vision alternative de mon travail qui n'est plus nécessairement cantonné au circuit d'édition classique. Si vous avez eu la curiosité de cliquer sur le bouton "Don" dans le menu du site, ou même que vous m'en avez déjà fait un (dans ce cas, un grand merci !) , vous avez pu lire que je projette de publier directement sur le site des oeuvres sans passer par quelque maison d'édition que ce soit. Le projet m'intéresse vraiment, mais les garanties sont absolument nulles (même si elles ne sont pas beaucoup plus élevées avec une édition classique finalement). J'ai depuis quelques temps dans l'idée de proposer à la lecture une oeuvre qui se suffirait à elle-même, gratuite, mais dont vous pourriez obtenir une version plus développée en faisant un petit don. Cette option me semble idéale sur plusieurs points, mais surtout sur le lien plus personnel que cela créerait avec mon lectorat, dont vous faites potentiellement partie.

Vous avez des remarques ou un avis sur cette idée d'oeuvres publiées sur le site ? Vous avez aimé ou découvert le jeu et désirez en parler ? N'hésitez pas à laisser un petit commentaire !

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Banniere 3

jeu vidéo réflexion stratégie perle

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